Probabilité de chance de risque = 100% puissance quatre

Probabilité que tout se passe bien = zéro.

"Reader, I think proper, before we proceed any farther together, to acquaint thee, that I intend to digress, through this whole history, as often as I see occasion."

Henry Fielding, Tom Jones

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samedi 27 décembre 2008

Largo Winch, de Jérôme Salle

Ahhh la virtuosité d’une cascade bien menée ! Ahhh la grâce d’une scène d’amour animale et érotique ! Ahhh la délicatesse d’un dialogue d’adieu empli de justesse. Ahhh la finesse. Grande oubliée de Largo Winch, recueillons-nous sur sa tombe. Salie, humiliée, détrônée du royaume des long-métrages, la finesse n’est plus.

Est-ce si difficile que ça de faire des films d’action intelligent ? Et pourquoi vouloir copier Hollywood ? Un critique brésilien a un jour parlé d’une « incompétence créative à copier » propre au Brésil. Appliquons-là aux réalisateurs français, et en particulier à Jérôme Salle. On ne peut nier un sens du rythme. Certes, tout s’enchaîne à l’américaine. Enfin, les frenchies ont compris que dans un bon film d’action, les scènes se succèdent sans laisser au spectateur de temps de s’ennuyer. Mais quid de la crédibilité ?

Déjà, rien qu’en analysant le physique des personnages, on sait déjà qui est le « méchant », qui est honnête, qui va mourir. Kristin Scott Thomas et son carré serré sent l’intrigante à plein nez.. paf ! c’est elle qui a tout manigancé. Mais le pire, c’est quand même les acteurs principaux. N’est pas un sex symbol qui veut. Avec sa gueule d’ange exotique et sa nonchalance instinctive, Tomer Sisley avait quelques atouts pour séduire. Malheureusement, sa voix monocorde et son uni-rictus genre « eh ! je te prends pour un con » affiché durant tout le film ont eu raison de son potentiel de play-boy.

Mélanie Thierry et son physique ordinaire de femme-enfant ont du mal à convaincre. Ayons l’honnêteté de lui reconnaître une extraordinaire prestation dans Babylone A.D. où elle susurre sensuellement à un Vin Diesel sexy comme une bûche : « Are you a killer M. Torrop ? ». Ayons l’intégrité de convenir qu’une actrice qui est révélée par Quasimodo Del Paris (un classique à voir et à revoir en VHS), face à Patrick Timsit dans le rôle clé, est promise à une longue carrière. Cependant, dans son rôle de femme fatale qui se vend pour de l’argent, elle manque diablement d’ambiguïté, de stature, de crédibilité.

Non, décidément, les films d’actions sont mieux dans la langue de Shakespeare. Et mieux vaut un bon Je suis parti quelque part mais je sais que tu m’attends ici réalisé par la fille de Louis de Funès qu’un copié-mal-collé qui a fort coûté.
Anne de Chochult

dimanche 2 novembre 2008

Quantum of Solace

Je reviens de « Quantum of Solace ». Ma respiration est encore haletante, mes yeux écarquillés et ma bouche… bée. Retour sur une aventure en salle obscure.


Après Casino Royale, j’étais bien décidée à savoir ce qu’il adviendrait du petit cœur en lambeaux de 007. Bond était en effet tombé amoureux de Vesper Lynd (Eva Green), qui mourait tragiquement à la fin du film.

Ça commence tough. Course poursuite en voiture sur la côte italienne, chasse à l’homme dans les sous-terrains de Sienne. La perte de l’être aimé a déclenché en James une rage froide. C’est un être incontrôlable, au grand dam de M, qui a beau le sermonner, rien n’y fait. A aucun moment l’on voit l’espion dormir ou manger. Normal, c’est une machine à tuer, une brute qui ne pense qu’à la vengeance. Bien sûr, petit à petit la carapace s’effrite. L’affect ressurgit, mais il est toujours mesuré.

Daniel Craig a bien révolutionné l’espion de sa Majesté. Son regard azuréen, sa moue concentrée, sa démarche mécanique. Sans regret, ni pitié. Brisé. Il est bien loin le temps où James Bond s’accouplait à tout ce qui bougeait. Bien loin le temps où les répliques légères fusaient durant les combats :

James Bond, dont l’appareil reproducteur est menacé par un laser :
Do you expect me to talk ?
Auric Goldfinger, le méchant : (enjoué)
No Mister Bond! I expect you to die!

Le changement est radical. Pour le constater, replongeons nous donc, dans une scène d’un vieux James Bond : Diamonds are forever.

Les codes jamesbondesques ont disparu. Aujourd’hui, les méchants n’ont plus d’accent russe à la noix ou des coupes de cheveux improbables. Ils ont des yeux qui transpirent la folie. Les attaques ne se font plus à l’aide de brochettes enflammées, mais de ciseaux aiguisés. Les James Bond girls ne sont plus des potiches apeurées, mais des créatures ambiguës et solitaires.

Ce n’est ni mieux ni pire. C’est différent. Car désormais, les James Bond ne sont plus des films familiaux, mais de véritables films de genre.
Anne de Chochult