Le Mis-en-trop, ou le réactionnaire amoureux
Acte II scène 2 : Célimène, Eliante, Clitandre, ArsinoéAlceste,
entrant sans s'annoncer et interrompant brusquement la conversationMadame, on ne saurait vous parler seul à seul !
CélimèneQuoi, mon ami, devrais-je prendre un air bégueule ?
AlcestePeste de duperie, je vous quitte sur l'heure !
Célimène,
prenant son auditoire à partieFeindre un monoamour qui déplaît à mon cœur ?
Refuser qu'on m'aimât et qu'on me fasse cour ?
AlcesteMais où que vous soyez, vos amants vous entourent !
Du train que vous menez, ma personne est à plaindre !
CélimèneJe vous en prie, vivez, plutôt qu'à mes pieds geindre !
ElianteMais à la fin, Monsieur, quel mal redoutez-vous ?
Seriez-vous, bien malgré nous, quelque peu jaloux ?
AlcesteJe le suis en effet, et dûment le proclame.
Madame, c'est moi seul dont vous consumez l'âme !
ClitandreFi d'un discours qui spolie le polyamour !
AlcesteMonsieur le beau marquis, sous vos jolis atours,
Vous êtes libertin, je le dis sans détour !
ElianteDiantre, l'importun ! N'a-t-il l'air d'un Cléon ?
CélimèneCe gourmandeur qui porte fier et haut menton ?
L'ennuyeux raisonneur en sa folle constance !
A promener son zèle avec force impudence
Il rendrait infidèle un vieillard pudibond !
Clitandre Parbleu, se souvient-on de la prude Clélie ?
CélimèneLe moyen d'oublier pareille perfidie ?
Sous sa fausse vertu pourfendant l'adultère
Papillonnent gaiement mille e tre partenaires.
Arsinoé,
s'adressant à CélimènePour bien peindre les gens, vous êtes admirable!
Mais le portrait qu'ailleurs on fait de vous m'accable.
J'entends, très chère, que votre amour libéré
Serait un mauvais tour à vos amants joué.
Que vos conceptions de l'aimable partage
Ne sèmeraient que trouble et insidieux ravages.
CélimèneFermez vos ouïes, ma mie, à de tels commérages.
Croire au couple parfait, est-ce encore de votre âge ?
Prenez leçon de nous, les âmes généreuses,
Dont la partition riche est plus harmonieuse.
Du quintette au duo, nous préférons l'accord,
Qui dispense la joie dans nos cœurs et nos corps.
AlcesteA cette comédie, ne voulant me donner,
Je m'en vais seul en quelque lieu me retirer.
Madame, à votre gré de rester ou me suivre,
Dans la polyphonie, je ne puis hélas vivre.
Paulin Gavroche